novembre 4, 2026

« Pour quatre couronnes achetées, deux offertes ! » : « Molaire City », la ville mexicaine qui a fait un business du soin dentaire à moindre coût pour les Américains

Parmi les thèmes centraux de la campagne électorale américaine figure la santé. Et quand la note du dentiste est trop salée, certains Américains traversent la frontière pour se faire soigner au Mexique, à Los Algodones, où il y a tellement de cabinets dentaires qu’on a surnommé la ville « Molaire City ».

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.

Pour son rendez-vous chez le dentiste, l’Américain s’est vu mettre à disposition un chauffeur devant son hôtel par la clinique mexicaine qui s’apprête à l’accueillir. Salvador Chavez est arrivé la veille, après huit heures de route, et ce matin-là, il va passer la frontière pour se faire soigner une dent. « Ma mutuelle considère qu’une couronne, c’est juste une question d’esthétique, et ce n’est pas couvert. Elle me demande 7 000 à 8 000 dollars de ma poche. C’est beaucoup d’argent, surtout en ce moment », nous confie-t-il.

Traverser la frontière se fait sans même présenter un document d’identité. Aux portes du désert, le long du mur qui sépare le Mexique des Etats-Unis, bienvenue dans une ville unique au monde : Los Algodones, surnommée « Molar City », la « ville des molaires ». Ici, un habitant sur six est dentiste dans les innombrables cabinets du centre-ville, au service d’Américains venus retrouver leur plus beau sourire à moindre prix. « Ils viennent de me rajouter deux dents », nous montre un homme. Une patiente ajoute : « Je n’aurais jamais pu me payer de nouvelles dents aux Etats-Unis pour le prix que je viens de payer. » « Les dentistes sont meilleurs. Vous payez moins cher et vous avez de meilleurs soins », assure un autre.

Pour Salvador Chavez, tout commence par une radio de contrôle, avant de voir un dentiste. Et tout se fait en anglais. Après l’évaluation vient l’heure du devis : « Ça fera 745 dollars pour la couronne et le détartrage », lui annonce la secrétaire. « C’est une bonne surprise. Je suis content d’être venu », se réjouit Salvador.

La clinique peut recevoir jusqu’à 24 patients en même temps, dispose d’une salle d’opération pour les soins les plus lourds, et les implants comme les couronnes sont fabriqués sur place et sur mesure. Les dents sont taillées par une imprimante 3D avant d’être perfectionnées à la main. L’Association américaine des dentistes parle parfois de travail à la chaîne et conseille de bien choisir son praticien, mais elle reconnaît que les soins sont généralement de qualité. « La qualité des soins est équivalente à ce qui se fait aux États-Unis, et souvent les patients nous disent que nous sommes mieux équipés que leur cabinet dans leur ville d’origine », pointe le Dr Juan Carlos Miranda Villa, dentiste à la clinique « Sani Dental ».

Pour se faire soigner, les Américains prennent souvent rendez-vous, mais ils peuvent aussi choisir de venir pour une urgence. Ce qui est assez étonnant, c’est qu’à peine la frontière traversée, l’on se retrouve dans une rue où il y a des dizaines de cabinets dentaires et des rabatteurs partout pour vous convaincre d’y rentrer. « Pour quatre couronnes achetées, deux offertes ! », nous propose-t-on par exemple. Et tout est fait pour cajoler la clientèle américaine : voiturettes de golf pour faciliter les déplacements, nuit d’hôtel offerte à partir de 1 000 dollars de soins… Les restaurants ont même adapté leur menu aux clients n’ayant plus tout à fait la capacité de mâcher : « Des œufs brouillés et de la purée », propose notamment Enrique Montes, du restaurant Mi casa es su casa.

La ville revient pourtant de loin : elle était un ancien repaire de voyous, le royaume des bars douteux et des clubs de strip-tease pour la clientèle américaine. Mais à la fin des années 1960, un homme a tout changé, un dentiste devenu maire qui a flairé le bon filon. Son fils a pris sa succession : « Au départ, la ville était assez délurée. Les gens se soûlaient dans la rue, il y avait des bagarres dans les bars. Mon père a mis de l’ordre et il a modelé la ville comme il a modelé mon avenir, puisque je suis moi-même devenu dentiste », raconte Bernardo Magaña Jnr.

Aujourd’hui, la ville continue de s’agrandir avec de nouvelles cliniques, des rues plus touristiques et une offre médicale qui se diversifie. « On veut devenir une espèce de ‘Disneyland médical’ où les patients pourront trouver tout ce dont ils ont besoin de A à Z. D’une paire de lunettes, un examen des yeux, aux soins de chirurgie esthétique, de cellules souches et même de traitements contre le cancer. Pour tout cela, on pourra bientôt venir ici, à Los Algodones », explique Alex Labra, de l’office de promotion de « Molar City ».

L’augmentation du prix des mutuelles aux Etats-Unis pourrait conduire de nouveaux clients à passer la frontière. Aujourd’hui, un Américain sur quatre ne dispose d’aucune couverture pour ses soins dentaires.